La région aux bons soins de l’ARS – 20 minutes 01/04/2010
Publié le 01. avr, 2010 dans Vu, lu et entendu
« 20 minutes » a publié un article sur la mise en place des ARS le 1er avril, jour de la création de celles-ci. Claude Evin a répondu aux questions du quotidien, notamment sur le rôle et les missions de l’ARS Ile-de-France.

LUCAS
15. avr, 2010
La phrase commençant par : « Déjà, on n’a pas besoin de soins quand la prévention est efficace… » appelle quelques remarques. Elle contient le présupposé que le préventif puisse se substituer au curatif dans l’histoire de la relation de soin et bien plus encore que le premier puisse dépasser le second comme visée légitimée par la communauté. Tout d’abord peut-on vivre par avance le présent ? est-ce le « présent du futur » de St AUGUSTIN ? La prévention est une démarche dans le présent tant individuelle que communautaire. Elle témoigne d’une espérance, d’un souhait partagé et rien de plus. L’identité du sujet est contextualisée dans son histoire et dans son monde, elle n’a de sens que construit au moment même où le présent est vécu dans les deux perspectives du passé et du futur. Une souffrance, une maladie sont des moments de rupture et l’occasion de poursuivre la construction d’un « soi-même comme un autre » (Paul RICOEUR) au moyen d’une anamnèse. Le soin curatif n’est ni l’échec du sujet ni celui du monde dans lequel il vit. Il participe à l’écriture, à une narration identitaire. Jamais l’acte de prévention ne pourra, à lui seul se substituer à l’acte de soin curatif. Certes, ces deux actes piochent dans le même dictionnaire les mots nécessaires mais ils n’écrivent pas les mêmes phrases qui s’énoncent à des moments différents de l’histoire du sujet. Elles ne racontent pas les mêmes choses au même moment. La phrase sus citée témoigne d’une grave méconnaissance de la qualité d’une relation de soin dans laquelle le curatif et le préventif peuvent, doivent, se réaliser mais en complémentarité et non en substitution de l’un par l’autre. Le travail d’anamnèse d’une souffrance, la réalisation de l’acte de soin et les perspectives futures sont toutes les trois constitutives de l’identité narrative du sujet. Le « biopouvoir » a bien le désir préventif de la bonne santé des personnes d’une communauté et cela peut paraître légitime. Réduire la « bonne santé » au résultat de préventions tout azimut fait courir des risques et en particulier celui de l’eugénisme. « Aucune guérison n’est retour à l’innocence biologique » Georges CANGUILHEM Le normal et le pathologique, 1943.
Cordialement
Docteur LUCAS Jean-Pierre, Médecin spécialiste en soin primaire en région IdF. 15 avril 2010